Le Dharma

Les Quatre Sceaux du Bouddhisme

 


Selon les écoles ces Sceaux peuvent être au nombre de trois, mais généralement on en dénombre quatre:

o Tout composé est insatisfaisant,
o Tout composé est impermanent,
o Tout est vacuité (vide d'existence propre),
o Le nirvana est paix.

 

L’insatisfaction (ou la souffrance)

Aucun phénomène ne peut nous satisfaire de manière ultime et définitive, c’est la souffrance que décrit la première des Quatre Nobles Vérités.

La souffrance un mal cosmique. On peut la condenser dans les trois aspects :

  • Les souffrances intrinsèques du corps et du mental (dukkha-dukkha).
  • La souffrance causée par la méconnaissance sur l'impermanence de l'univers et de la vie humaine (viparinama-dukkha).
  • La souffrance causée par la méconnaissance de la vacuité de toute chose y compris la vie humaine (sankhâra-dukkha).

S’Il n'est pas difficile de comprendre la première puisqu'elle est évidente, les deux autres nécessitent par contre une bonne compréhension de la non-substantialité (ou vacuité) et de l'impermanence, nous y reviendrons un peu plus loin.

Les causes du malheur des hommes peuvent être trouvées dans l'incapacité à voir correctement la réalité. Cette ignorance, et les illusions qu'elle entraîne, pousse les humains a commettre des actions volontaires sous l’emprise de l'avidité et du désir de posséder davantage que les autres, elle pousse à l'attachement et à la haine pour des personnes ou des choses. Ce sont les poisons de l’esprit décrits dans la seconde des Quatre Vérités.



La soif est l'enfant de l'ignorance. L'ignorance et la soif sont deux causes principales de la souffrance. Il ne faut pas comprendre abstraitement la soif mais concrètement dans toutes les activités politiques, économiques, religieuses, sociales. Dans la politique, c'est la dictature. Dans l'économie, c'est l'exploitation. Dans la religion, c'est l'intolérance.
Thích Thiên Châu


Pour se libérer de la souffrance il faut donc se libérer de la soif et de son ignorance (source de l’orgueil et de la  colère), qui sont les principaux poisons de l’esprit. Voici ce que nous apprend la troisième des Quatre Vérités  et la dernière des Quatre Vérités nous enseigne le chemin pour nous transformer et nous libérer de cette souffrance inutile.

Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faille se frustrer ou devenir un ascète. Petit à petit, avec l’acquisition d’une meilleure connaissance de soi et du monde qui nous entoure, d’une meilleure compréhension de la non-substantialité et de l'impermanence, la soif et le désir s’éteindront d’eux même, et la souffrance finira par disparaitre.


« La répression n'est pas la voie,
la transformation est la voie »


La transformation (le samsara) fait donc aussi partie de la voie, voilà au moins un bon point de départ ! C’est la dernière des Quatre Vérités nous enseigne le chemin pour nous transformer et nous libère de cette souffrance inutile.

L’impermanence ou Le samsāra (ce qui change)

Par opposition au Nirvana Le samsāra est un terme sanskrit signifiant « ensemble de ce qui circule », où « transmigration » (en tibétain khor ba, ou Khorwa) L'impermanence des choses, c'est l'apparition, la transformation et la fin des choses. Cela signifie que les choses ne persistent jamais de la même façon, elles naissent, changent et disparaissent de façon continue.

Un lotus


C’est le monde de souffrance que décrit la première des Quatre Vérités.


La fleur est un symbole de l'impermanence. C'est pourquoi les fleurs forment une des offrandes traditionnelles au Bouddha et se trouvent presque toujours sur les autels bouddhiques. (Le lotus est un cas particulier puisqu’il symbolise le Bouddha).

Dans tout organisme vivant, à chaque instant des cellules naissent vivent et meurent, au bout d’un certain temps, toutes les cellules de notre corps auront été remplacées par des nouvelles cellules, chaque atome aura été remplacé ! Pourtant l’illusion de permanence est si puissante que nous croyons être éternels, et nous identifions pendant toute notre vie cet organisme changeant à notre corps.

L'univers est comme un torrent d'eau qui coule et non pas une mare d'eau dormante. Les hommes naissent, vivent et meurent, comme les vagues de l'océan s'élèvent et s'abaissent sans cesse. Autrement dit, il n'y a pas ce qui "est" mais seulement ce qui "devient". Devenir signifie "instable" et mobile, changeant.

L'impermanence c’est le cycle des existences conditionnées par le karma, c'est-à-dire les états de l'existence sous l'emprise de la souffrance, de l'attachement et de l'ignorance. Ce monde et tout ce qu'il contient est transitoire, et particulièrement la vie qui est aussi fragile qu'une bulle.

L’incompréhension de l'impermanence (ou du samsara) est une des principales causes de la souffrance que décrit la seconde des Quatre Vérités

Pourtant l'impermanence est une promesse de changement, c’est même une source d’espoirs, le progrès sur la voie spirituelle n'est possible que parce que, comme toute chose, notre état présent de non éveillé est lui aussi impermanent !



Puisque le dharma nous est bénéfique alors pratiquons-le avec ardeur tant que nous le pouvons

Le Bouddha

 


L’avenier c’est tout ce que l’on peut encore changer ! Et ça commence aujourd’hui.

Isac Asimov – Les Fondations


 

 

La vacuité (ou la non-substantialité)


Selon le bouddhisme, la vacuité est la véritable nature de toute chose et rien n’a d'existence propre. Mais la vacuité est une notion délicate qui peut être facilement mal interprétée, pour commencer le mot Śūnyatā ne signifie pas « vide ». (Il ne s'agit pas de nihilisme). Cela signifie plutôt que tout objet ou phénomène est vide d'existence (ou de substance) propre et dépend d’innombrables influences pour « exister » (si ce mot a vraiment un sens pour les bouddhistes). Tous les phénomènes physiques ou psychiques sont à la fois conditionnés et conditionnants (causé et causant), aucune chose n'est isolée de celles qui l'accompagnent, la précèdent et la suivent parce que tous les phénomènes sont à la fois causes et effets. C’est aussi ce que l’on appelle la doctrine de la production conditionnée Le Bouddha a déclaré que celui qui voit la loi de la production conditionnée voit la doctrine, (Mn, I, 190-191).



" Quand ceci est, cela est. Ceci apparaissant, cela apparaît. Quand ceci n'est pas, cela n'est pas. Ceci cessant, cela cesse."

Mn, I, 264


Selon le Bouddha, la question de la première cause est un faux problème, il n'existe pas de commencement unique et absolu aux choses composées, ni à l'univers, ni aux êtres vivants. Parce qu’il n’est donc pas possible de distinguer strictement causes et effets, la science ne peu pas découvrir réellement la première cause ou le dernier effet. Spéculer sans fin sur l'existence d'une cause première qui serait l'origine de tout est vain, le concept même de la première cause marque un arrêt total dans le progrès de la connaissance de l'homme.



" Je vous ai enseigné, moines, à voir la production conditionnée partout et en toute chose."

Mn, III, 19 ; Sn, III, 103
 

 


Une autre définition pourrait être « Tout est par nature même interdépendant, rien ne peut exister seul de par son unique présence, tout ce qui est existe seulement grâce à une multitude de liens avec ce qui l’entoure, le précède et lui succède. C’est la trame de notre univers ». La définition de la vacuité par la notion de l’interdépendance est à mon avis plus compréhensible pour les occidentaux,

 

Cette approche est particulièrement vraie pour un être humain qui hérite bien sûr de ses parents et de ces ancêtres biologiques, mais l’esprit humain se construit aussi grâce à ses professeurs et à tous les autres esprits qu’il aura fréquentés depuis sa naissance. Cet héritage de ses « ancêtres culturels » se prolonge en réalité dans la nuit des temps grâce à la transmission du savoir par la parole et l’écriture. D’autres liens aussi nombreux partent de chaque humain et plongent vers l’avenir puisqu’il pourra lui aussi avoir des enfants et influencera lui aussi de nombreux autres esprits sa vie durant.… (Je me suis toujours demandé s’il ne s’agi pas là de la véritable nature de la réincarnation).

 

En poussant la réflexion sur la vacuité (ou  l’interdépendance) un peu plus, on pourrait se demander si un événement existe vraiment s’il n’y a pas d’observateur ! C’est la fameuse question de Korsibsky à ses élèves pendant le premier chapitre de l’introduction à  la  sémantique générale: « Quel est le bruit que fait un arbre qui tombe lorsqu’il n’y a personne pour l’entendre ? » La seule réponse « juste » est donnée dans la question, c’est simplement « Je ne sais pas. » puisque personne ne l’a entendu. Rare sont les personnes qui pensent spontanément à cette réponse, parce que nous sommes conditionné par notre civilisation rationaliste et arrogante qui nous fait croire que la science et la logique scientifique peuvent résoudre absolument tous les problèmes. Mais il ne faut jamais oublier que « tout » est une abstraction, et en dehors des mathématiques c’est mot aussi vide de sens que son contraire « rien ».


nirvana.jpg


Restons modeste devant la beauté et la grandeur de l’univers, n’oublions jamais que quelle que soit l’étendue de nos connaissances, nous ne pouvons « tout » savoir. Nous devons en toute honnêteté et à tout moment etre conscients de l’étendue infinie de ce que nous ignorons encore… 

Bertrand


 


Le nirvana (ou la paix)


L'idée du nirvāṇa assez vulgarisée dans le public comme étant un « paradis » où l'on continuerait à exister après la mort est absurde et contradictoire avec la thèse bouddhiste du non-soi et de la vacuité des phénomènes et de l'Absolu.

Le terme de Nirvana et le concept qui s’y rapporte apparaissent très tôt dans les premiers textes canoniques, c'est-à-dire presque dès les origines du bouddhisme. A l’origine le mot Nirvāna est un terme sanskrit (nirvāṇa), qui signifie « le souffle qui éteint la douleur » d'une flamme ou d'une fièvre et par extension « apaisement » ou « libération ». Ce mot représente le geste d’une maman qui souffle sur la blessure de son enfant pour faire partir la douleur, même si elle est imaginaire.

Dans son acceptation bouddhique, la plus commune aujourd'hui, ce terme désigne la finalité de la pratique bouddhique, c’est à dire l'Éveil (bodhi). Le Nirvana représente une sorte de but ultime. Il est souvent aussi appelé « l’extinction de la soif » celui qui atteint le Nirvana est libéré du Dukkha (ce qui est mauvais, douleur, souffrance, imperfection), il est libre des poisons de l’esprit (désirs, ignorance, haine), il est arrivé à la fin de son Karma !


En terme positif, on peut donc dire que le Nirvâna est la «  paix absolue », dans certains enseignements le Bouddha utilise parfois le mot « Vérité » pour désigner le Nirvana.. Mais comment pourrait-on décrire l'absolu avec un simple langage humain? Comment faire connaître à un poisson ce qu'est la terre?

C’est probablement pour cette raison que le langage bouddhique, utilise souvent des termes négatifs pour décrire ce que n’est pas le Nirvâna, il est en général question d’« extinction de la soif », de « l’absence de désir », de « la fin de la souffrance dans cette vie », de « la fin de la croyance en un ego autonome et permanent ».

Le nirvāṇa n’est donc pas un lieu ou une chose, on ne peut donc ni y « entrer » ni y « rester ». Ce n’est absolument pas la mort (même au contraire), ce n’est pas non le vide ou le néant.



Mandala-arts_2034.jpg


Il pourrait correspondre à un aboutissement survenant à la suite de l’anéantissement du désir, l’anéantissement de la haine, l’anéantissement de l’égarement. On peut aussi concevoir le Nirvana comme une prise de conscience absolue de la totalité des phénomènes, qui engendre un état de plénitude ultime et sans fin. Une béatitude qui transcende le cycle de la réincarnation en procédant par l’extinction des souffrances et du désir.

Mais il est incorrect de penser que le Nirvana est le résultat de l’extinction des désirs, de la « soif », le Nirvana est en dehors du samsara, il ne peut donc pas être le produit d’une cause, ni un effet ! Le Nirvana EST, la Vérité EST, la Voie du Milieu que nous enseigne le Bouddha est simplement le chemin qui nous permet de voir et peut être de comprendre le Nirvana

Celons les Bouddhistes Il existe aussi plusieurs « degrés » de Nirvana, d'une part, le Nirvâna complet des Bouddhas, des Eveillés Parfaits comme Bouddha Sakyamuni, et d'autre part le Nirvâna partiel que nous pouvons tous atteindre dans cette vie. Peut être que le Nirvana n’est pas une notion que l’on puise expliquer et comprendre, il suffi probablement de le conquérir petit à petit, degré par degré !

Plus on progresse dans la juste compréhension de l’impermanence, de la vacuité et de l’origine de notre souffrance, plus cette souffrance universelle s’éloignera de nous, c’est la troisième des Quatre Vérités,

Ce qui est certain pour tous les Bouddhistes, c’est que le Dharma (l’enseignement du Bouddha) est la voie qui conduit à l'apaisement des souffrances et à l'épuisement de la soif, jusqu'à l'Éveil qui fait sortir définitivement du Samsara, pour accéder au Nirvâna.

La dernière des Quatre Vérité est alors la clef du Nirvana.


Bertrand