LeBouddha

L'eveil

 

 
Après plusieurs mois, il redevint fort et vigoureux, il n'avait plus l'aspect squelettique que lui avait procurés ses années de privation. Dans ses méditations, il contemple le drame de la vie et de la destinée des hommes dont nul n'échappe à la souffrance et à la mort. Poursuivant ses médiations avec vigilance, purifiant son esprit avec ardeur, explorant là où nul homme n'est allé, il travaillait consciencieusement à l'Éveil.

Enfin, une nuit, tandis qu'il méditait au pied d'un arbre Pippala (ficus religiosa), les voiles masquant la réalité se déchirèrent devant ses yeux. Le Bodhisattva (celui qui a les qualités pour trouver l'Éveil) concentrant son esprit, dont tous les liens étaient abandonnés et épuisés, qui était devenu parfaitement pur, immaculé, souple et facile à conduire, qui demeurait ferme en son lieu, il vit de ses propres yeux la connaissance des existences antérieures. De lui-même, il connut ses vies passées, une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquante naissances, cent naissances, mille naissances, cent mille naissances, d'innombrables naissances, en pensant : "Moi, jadis, je naquis en tel endroit, j'eus tel nom, tel clan, telle caste, je mangeai telle nourriture, j'eus tel genre de vie, telle durée de vie, mon séjour en ce monde eut telle longueur ou telle brièveté, j'éprouvai tels plaisirs et telles douleurs. Étant décédé, je renaquis là-bas. Étant décédé à nouveau, je renaquis là-haut. Étant encore décédé, je renaquis ici." Sous de telles apparences et de tels aspects, il connut les faits d'innombrables existences antérieures. Quand le Bodhisattva, pendant la première veille de la nuit, obtint cette première science, l'ignorance cessa et la science apparut, les ténèbres cessèrent et apparut la lumière, la vision pénétrante des existences antérieures. À cause de son énergie et de son absence de négligence.

Quand le Bodhisattva eut concentré son esprit au moyen de la méditation, qu'il en eut fait disparaître complètement les taches, qu'il l'eut rendu souple et facile à conduire, demeurant ferme en son lieu, il connut les naissances et les décès des êtres. Grâce à son œil divin parfaitement pur, il vit les naissances et les décès des êtres, beaux ou laids, de bonne ou de mauvaise destinée, illustres ou humbles, selon la conduite suivie par les êtres ; il les connut tous entièrement. En les examinant lui-même, il suit que les êtres dont la conduite corporelle était mauvaise, dont la conduite vocale était mauvaise, dont la conduite mentale était mauvaise, dont les opinions étaient fausses, qui critiquaient et dénigraient les saints, qui accomplissaient des actes inspirés par des opinions fausses, ces êtres, lors de la destruction de leur corps, à la fin de leur vie, tombaient dans les enfers, ou renaissaient parmi les animaux et les revenants affamés. Il vit en outre que les êtres dont la conduite corporelle était bonne, dont la conduite vocale était bonne, dont la conduite mentale était bonne, dont les opinions étaient justes, qui ne critiquaient ni ne dénigraient les saints, qui accomplissaient des actes inspirés par des opinions justes, ces êtres, lors de la destruction de leur corps, à la fin de leur vie, renaissaient au ciel ou parmi les hommes.


Les yeux de Bouddha

 
Ainsi, grâce à son œil divin parfaitement pur, il vit que les êtres naissaient et mouraient selon la conduite qu'ils avaient suivie. C'est ce que l'on appelle la deuxième science, que le Bodhisattva obtint pendant la veille médiane de la nuit ; l'ignorance cessa et la science apparut, les ténèbres cessèrent et apparut la lumière, à la connaissance de œil divin qui voit les êtres. Pourquoi ? À cause de son énergie et de son absence de négligence.

Quand le Bodhisattva eut ainsi concentré son esprit, il obtint la connaissance de l'épuisement des impuretés, qui apparut devant lui. Il connut selon la réalité la douleur, il connut l'origine de la douleur, il connut la cessation de la douleur, il connut la Voie qui mène à la cessation de la douleur.

En obtenant les 4 saintes Vérités, il les connut selon la réalité. Il connut les impuretés, il connut l'origine des impuretés, il connut la cessation des impuretés, il connut la Voie qui mène à la cessation des impuretés, il les connut selon la réalité. Ce faisant, il connut ainsi, il vit ainsi. Son esprit fut alors délivré de l'impureté du désir, son esprit fut délivré de l'impureté de l'existence, son esprit fut délivré de l'impureté de l'ignorance. Dès qu'il fut délivré, il obtint la connaissance de sa délivrance et il pensa :

"Pour moi, les naissances sont épuisées, la conduite pure établie, la tâche accomplie, et je ne recevrai plus de naissance." C'est ce qu'on appelle la troisième science, que le Bodhisattva obtint pendant la dernière veille de la nuit ; la connaissance de l'épuisement des impuretés. Parce que le Tathâgata parfaitement et complètement Éveillé produisit cette science, il obtint la connaissance dépourvue de tout obstacle.
L'Éveil réalisé, il entra dans le Nirvâna (état d'esprit bienheureux, libre de toute souffrance) et devint un Bouddha. Touchant le sol de sa main droite, il dit : "Inébranlable est ma délivrance, voici ma dernière naissance, il n'y aura désormais plus d'existence, la terre m'est témoin." La prise de la terre à témoin est le symbole que sa science correspond exactement à la réalité représentée par la terre matérielle.

Plusieurs légendes racontent comment Mâra, démon de la mort, effrayé du pouvoir que le Bouddha allait obtenir contre lui en délivrant les hommes de la peur de mourir, tentera de le sortir de sa méditation en lançant contre lui des hordes de démons effrayants et ses filles séductrices.

 

Bouddha prend le Terre en temoins


C'est dans la posture de prise de la terre à témoin de ses mérites passés que Bouddha accèdera à l'éveil. Il affirmera être parvenu à la compréhension totale de la nature et des causes de la souffrance humaine et des étapes nécessaires à son élimination. Cette illumination, possible pour tous les êtres, s'appelle la bodhi.

Alors, à l'esprit du Bouddha, se trouvant seul, cette pensée se présenta : "J'ai découvert cette vérité profonde, difficile à percevoir, difficile à comprendre, remplissant le cœur de paix, que seul le sage peut saisir. Pour les hommes qui s'agitent dans le tourbillon de ce monde ce sera une chose difficile à comprendre que la loi de l'enchaînement des causes et des effets. Ce sera, aussi, une chose difficile à comprendre que l'extinction de toutes les confections mentales (les conceptions imaginaires que l'esprit produit continuellement), le rejet des bases de la personnalité (l'impermanence de l'être), l'extinction de la convoitise, l'absence de passion, la paix, le Nirvâna. Si je prêche cette doctrine et que les hommes ne soient pas capables de la comprendre, il n'en résultera que de la fatigue et de la tristesse pour moi."

Et le Bienheureux réfléchissant ainsi, inclinait à demeurer en repos et à ne pas prêcher le Dharma (la loi universel de la Libération).

C'est alors qu'il se trouva inspiré par une divinité qui lui demanda d'enseigner, car eux aussi subissent dans leur paradis la loi de la maladie, de la vieillesse et de la mort, celui qui possède la Connaissance est supérieur aux divinités. Il entendit :

"Veuille, ô Maître, prêcher la doctrine. Il y a des êtres dont les yeux de l'esprit sont à peine voilés d'une légère couche de poussière, mais s'ils n'entendent pas la doctrine, ils ne seront pas éclairés. Ceux-là embrasseront la doctrine. Fait-nous entendre la Vérité que tu as découverte, ô chef des pèlerins qui t'es libéré toi-même. Prêche, ô Bouddha, il en est qui comprendront ta parole."

Après ces paroles, le Bouddha regarda le monde avec sa clairvoyance spirituelle et sa vision parfaite. Il aperçut des êtres d'un esprit vif et des êtres d'un esprit obtus, des êtres d'un caractère noble et des êtres d'un caractère bas, des êtres aisés à instruire et des êtres difficiles à instruire. Quand il eu vu toutes ces choses, il s’écria: "Large soit ouverte la porte de l'Éternel ! Que celui qui a des oreilles entende. J'enseignerai la Loi salutaire."